YVES ARMAND

Né le 20 février 1932 il était le dernier enfant encore en vie de la famille Armand-Rey, après les disparitions de son frère Louis dit Lilou, puis de ses sœurs Josette et Marie-Rose.

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De sa génération, issue de cette famille-là, en 2020 il ne reste plus qu’un cousin et deux cousines.

Petit enfant, il fréquente l’école primaire  du village et arrête sa scolarité après avoir obtenu le Certificat d’études. Comme tous les enfants de son âge, il participe aussi aux travaux de la ferme et garde dans les champs les moutons, les chèvres et les vaches. Il lui est même arrivé d’accompagner, à pieds, son père pour aller acheter des bœufs à Lus-la-Croix-Haute après une halte d’une nuit chez des cousins à Bonneval, petit hameau de Boulc.

Yves et les bovins

Toute sa vie il l’a passée dans son village du Haut-Diois qu’il n’a quitté que trois fois.

A 20 ans, d’abord, pour le Service militaire dans le Jura au Fort des Rousses puis à Innsbruck, en Autriche, au sein du Corps des Chasseurs alpins : le ski et la rudesse du climat et de la vie en montagne ne l’impressionnent pas, excepté malgré tout le saut à ski…

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Un jour, lors d’un voyage en car avec des Diois, il montra à son épouse, Jacqueline, ces espaces de haute montagne où il avait cru que le temps allait s’arrêter. Pris avec ses compagnons dans une violente tempête de neige gommant tout relief et toute visibilité, leur chef, très expérimenté, les assura de les conduire au refuge ; ce qu’il fit, tirant des azimuts, carte et boussole à la main. Robuste et généreux, il n’hésitait pas à aider ses camarades moins gaillards et, pour la plupart, non habitués à la montagne, à l’altitude et aux rigueurs de l’hiver.

Quelque temps plus tard, en 1956,  c’est la guerre d’Algérie qui l’éloigne à nouveau de son environnement diois mais, comme pour la majorité des appelés, de cette période il n’a jamais évoqué les souvenirs.

Enfin, il s’en va durant plusieurs mois au Mans (Sarthe), sollicité par un copain de régiment pour faire les marchés. Ignorant tout de lui durant le Service, totalement désintéressé, il lui avait porté son sac à dos et l’avait secouru dans les moments pénibles. Conscient que sans lui il n’aurait jamais pu résister à cette rude condition militaire, il lui voua une reconnaissance éternelle, lui proposant même de travailler avec lui dans la florissante entreprise familiale.

L’absence de la famille, l’éloignement de ses terres et le départ de son frère Louis de l’exploitation familiale le ramèneront malgré tout définitivement dans son cher village mais une solide amitié les lia pour toujours.

Dès lors, sa vie d’agriculteur-éleveur débute réellement, passant de la houe, de la faucille, de la pioche, de la fourche, des charrettes tirées par des chevaux ou des bœufs…à la mécanisation moderne, aux tracteurs et aux machines agricoles de plus en plus performants.

Sur les photos ci-après il apparaît, adulte, près de la “Chape” entouré de son père, de son frère et de sa cousine avec ses enfants, tenant fièrement  un cheval avec ses cousins lyonnais, tirant un sac de grains en 1956, la fourche à la main lors de la fenaison ou sur son tracteur revenant de la distillation de la lavande à La Beaume.

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Toujours dynamique et rieur il a bien profité de la vie, savourant chaque instant, participant aux fêtes et aux vogues alentour et son équipe de jeu de boules, dénommée Tolémail, composée de jeunes gens du « pays » était bien connue.

Yves tire

Après avoir été son enfant de chœur, en 1953,  l’abbé Doublier le sollicite, ainsi que toute la jeunesse locale,  pour créer une nouvelle fête leschoise, la Fête de la lavande, le jour du 15 août.

1959 Année symbolique ! Jacqueline, jeune institutrice, vient prendre son premier poste à l’école du village et pour attirer son attention, Yves passe et repasse derrière l’école avec son tracteur Volvo tout en la guettant derrière la vitre des fenêtres de la classe. Quelle rigolade, se rappellent encore ses anciens élèves !

Ils se marièrent… et eurent trois garçons. Après avoir vécu longtemps dans le logement de fonction de l’école, ils achèteront et feront restaurer, dans le respect de la tradition, l’ancien relais de poste appartenant à la famille Aubert, en bordure du Charel.

Bien sûr, Yves ne pouvait que s’impliquer dans la vie de son village natal : conseiller municipal, pompier très longtemps, administrateur de la SICA de Rémuzat (agneaux), membre du Conseil d’administration du Crédit Agricole de Luc-en-Diois et surtout Président dynamique du Syndicat d’Initiative durant plusieurs années.

Sa chère fête du 15 août il la vivait pleinement, avant, pendant et après lors du retour de fête. Le jour-même, il ne tenait pas en place, allant d’un endroit à un autre, discutant et trinquant à la Clairette de Die avec les uns et les autres. Il était partout et nulle part, tout heureux de voir son village s’animer autant et les visiteurs, toujours plus nombreux, s’amuser et apprécier. Au fil de la journée sa voix devenait inaudible et le lendemain, traditionnellement, il était aphone d’avoir tant parlé car Yves aimait échanger et parler avec les gens.

15.08.1955

A une époque il créa, avec Georges Reymond et ses cousins Roger Armand et Louis Miallon dit Lili, un Gaec, gage de la confiance qu’il lui était témoigné.

Les années passèrent et puis, après l’abandon de l’élevage des ovins, vint l’heure de se retirer et  son fils cadet prit sa suite.

Bien qu’à la retraite, il conduit presque jusqu’au bout son tracteur, son petit Renault, pour aller sur ses terres, voir les cultures, les moissons…, ou tout simplement pour le plaisir ; « c’est mon vélo » disait-il !

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Combien d’enfants de plusieurs générations a-t-il volontiers promenés sur son « vélo » !  Assis sur le siège, au-dessus de la roue, chacun l’écoutait parler de tout, s’intéressant à tout. Quels souvenirs émus a-t-il laissés à chacun !

04.07.2011 Yves l’enfant et le vélo

Vestige d’une époque révolue, il perpétue longtemps son petit élevage de poules qui lui  donnait quelques œufs pour la consommation familiale. Le matin, le seau de nourriture à la main, il montait la ruelle des Bergers pour aller au poulailler, appuyé sur sa canne en bois de Lesches (il en avait partout car il les oubliait sans cesse…) ; certes, la raide pente le fatiguait de plus en plus mais il avait ses stations pour se reposer et vers 9 h on savait le retrouver vers l’une d’elles.

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Après avoir « donné » à ses poules, il restait encore un bon moment dans le haut du village, près de son ancienne maison natale, à discuter, à blaguer, l’œil toujours rieur et le sourire malicieux.

Yves sur la pierre de son quartier natal 29 juin 2014

A l’automne, il aimait ramasser ses noix, les trier avec soin – «  je n’en ai jamais jeté sans les trier «, disait-il – puis les énoyer.

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A la fin, trop fatigué, il se voit contraint d’abandonner les poules, le poulailler étant trop loin et même le tri de ses chères noix lui devient difficile tout comme la chasse qui l’amenait dans la nature et lui offrait une convivialité appréciée.

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Mais ses forces lui permettent jusqu’au bout de promener dans le village et un peu alentour. Bien entendu, il avait aussi ses stations de repos bien précises avant de repartir, les derniers temps, appuyé sur deux cannes, notamment l’une que lui avait rapportée du Bénin sa belle-fille.

Yves station Maison Camille 12.07.2019

Après sa sieste, aux beaux jours, il prenait du plaisir à s’asseoir sur son banc du Charel, regardant le paysage, les passages sur la route, surtout des tracteurs ; il y avait aussi toujours quelqu’un pour venir discuter avec lui et Jacqueline. Malgré des soucis de santé qui ne l’ébranlaient d’ailleurs pas, il a passé ainsi une retraite paisible, fier de ses enfants et de ses sept arrière-petits-enfants.

En fin d’après-midi, il entrait rituellement chez Mireille prendre le Dauphiné et « Le Petit Caillol ». « Mon père faisait pareil avec son frère, moi j’ai continué avec mon cousin Roger et maintenant avec Mireille » disait-il. Ensuite, rentré chez lui il se plongeait dans la lecture d’un livre, assis au coin de la table, car Yves dévorait les livres.

Le plaisir de la fête et de la convivialité il l’a goûté jusqu’à la fin, participant aux banquets du village et aux diverses réunions.

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Le 15 juillet 2012 il n’hésita d’ailleurs pas à monter sur le plateau de Chaitieu pour assister à l’implantation de la nouvelle croix.

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Le 15 mars 2020 il votait encore pour l’élection du prochain Conseil municipal.

Il a marqué toute une époque de la vie du village.

Attachant, gentil, il avait gardé au fond de lui une âme d’enfant s’émerveillant de tout mais il n’était dupe de rien. Généreux, toujours disposé à rendre service, prêtant ses outils… mais néanmoins lucide…Même si parfois des comportements le décevaient, en authentique philosophe, il ne regrettait pas son geste, du moment qu’il avait fait plaisir.

Au mois de mars 2020, sa vie, dont il avait tant profité, s’est arrêtée mais, en promenant dans le village et aux alentours, peut-être pourra-t-on encore entendre sa voix, son rire sinon l’apercevoir, assis sur une grosse bûche sous son noyer, sur sa petite chaise de la « Chappe », sur sa pierre préférée près de son ancienne maison ou sur son banc du Charel voire tout simplement débouchant d’une ruelle ?…

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«  L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années mais celui qui a le plus senti la vie. «   Jean-Jacques Rousseau Emile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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