Tout visiteur  empruntant la rue des alambics en suivant le GR 91 ou en allant au cimetière protestant se demande pourquoi elle s’appelle ainsi d’autant plus que près de la mairie il n’en voit qu’un seul. En réalité, il convient de faire un petit retour au siècle dernier pour apporter une réponse.

En effet, jadis, à droite en descendant la piste vers le Rotas et Chaitieu, il n’y avait pas d’habitations mais des granges et des hangars occupés pour trois d’entre eux par un alambic. La concentration d’alambics dans cette zone s’explique par la proximité de la Grande Fontaine de l’autre côté de la piste car la distillation de la lavande consomme beaucoup d’eau froide. Ce besoin d’eau imposait aux distillateurs des navettes incessantes entre  la fontaine et l’alambic, un seau dans chaque main. L’image d’ Albert Aubert, maire du village, portant les seaux près de son alambic est encore forte dans la mémoire de ceux qui ont vécu cette période-là.

Pour éviter ces allers-retours, il était parfois utilisé une pompe à eau posée sur le réservoir de la fontaine. Le distillateur, un membre de sa famille ou un ami s’installait alors en équilibre sur les bords d’un des bassins pour actionner la pompe ; c’était bien sûr relativement long et fatiguant.

Alambic Augustin et Robert 15.08.1983

L’alambic ci-dessus, proche de la mairie, est le seul encore fonctionnel et continue à être parfois utilisé pour une distillation traditionnelle de la lavande. Elle se déroule dans le pur respect du mode opératoire d’antan avec un joint d’étanchéité entre la  cuve et son couvercle (le col de cygne) et un autre au raccord du col de cygne au serpentin. Réalisés avant chaque nouvelle passée, exclusivement avec la cendre de bois du foyer mélangée à de l’eau, ils sont d’une résistance exceptionnelle à la chaleur et d’une efficacité remarquable.

Préparation du joint par Jean-Pierre

Les trois alambics disparus se trouvaient à l’intérieur de hangars pour permettre de distiller les jours de pluie ou la nuit ;  d’un modèle plus récent ils fonctionnaient avec un foyer à bois.

Le premier hangar en descendant, aujourd’hui une résidence permanente, appartenait à la famille Miallon. Son alambic avait une double vocation, distiller bien sûr de la lavande en été mais aussi produire de l’eau-de-vie (gnôle). Cette famille-là était la seule du village à bénéficier du privilège de bouilleur de cru transmissible de père en fils jusqu’en 1960 et ce fut d’ailleurs la dernière à exploiter une vigne dans une des terrasses  sous le rocher de Pierre Taillée. Ce privilège donnait en effet au propriétaire le droit de distiller, après fermentation, ses propres fruits cueillis dans les jardins ou les haies, cerises, prunes, poires, sorbes, pommes et aussi, pour le marc, du raisin ; il lui  était  était en outre permis de faire profiter de ce privilège les autres agriculteurs, moyennant le paiement d’une taxe. Louis Miallon, aujourd’hui décédé, fut le dernier bénéficiaire  de ce droit.

Louis dit Lili

L’alambic qui trône près du Charel est une trace de cette époque, de ce savoir-faire qui a marqué particulièrement au XX ème siècle l’activité agricole leschoise ; ces moments de distillation étaient empreints d’une sympathique convivialité  que la fête de la lavande et son stand dédié perpétuent depuis plus de 60 ans.

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