Au début du XXème siècle, l’élevage des moutons, des chèvres, des vaches,  des porcs et des petits animaux de basse-cour (pigeons, volailles, lapins…) assurait l’autosuffisance alimentaire des villageois.

Le porc, lui,  donnait du jambon, du lard et différentes sortes de charcuteries qui permettaient, par la salaison, le séchage ou la stérilisation, une alimentation carnée pendant quasiment toute l’année.

Les petits élevages de volailles (poules, pigeons, canards) et de lapins étaient destinés à la consommation familiale régulière de viande et d’œufs. Pour une plus longue conservation, les œufs étaient enfouis dans les céréales remplissant les greniers, à l’abri de la lumière. Une fois par semaine, le coquetier passait dans le village et  achetait aux fermières le surplus, ce qui leur permettait de disposer de petites liquidités pour de modestes achats à l’épicerie du village.

 

Le lait fourni par les quelques vaches élevées dans le village était réservé aux très jeunes enfants.

Les vaches et Yves
Les vaches et Yves

La plupart des familles possédait un petit troupeau de moutons et / ou quelques chèvres. Jusque dans les années 1960, le matin et en fin d’après-midi, les troupeaux, conduits par leur bergère ou leur berger et leur chien, quittaient la bergerie en direction des pâturages. Ils  traversaient alors le village tout en laissant sur leur passage, dans les ruelles ou sur le Charel de petits chapelets de billes noires.

En arrivant sur le plateau, du côté de Luc ou de Beaurières, le regard était  inévitablement attiré par  ces taches blanches mobiles  sur les prés et les coteaux, accompagnées des bergères qui,  tout en surveillant leur cheptel, tricotaient ou bavardaient avec les gardiennes des troupeaux voisins.

Le nombre de têtes d’un troupeau allait d’une quinzaine à un maximum d’une centaine en fonction de la taille des exploitations. Cet élevage ovin était uniquement destiné  à la production de viande. Les agneaux, élevés avec leur mère,  recevaient un complément en céréales et foins pendant que les brebis étaient aux champs ou à la bergerie en période hivernale. C’étaient essentiellement des Pré alpes dont la viande était réputée pour sa qualité.

Outre les bergeries du village-même, il y en avait aussi sept autres dans la campagne alentour qui servaient à rentrer le troupeau pendant les heures chaudes et parfois durant la nuit plutôt que de le ramener au village. Aujourd’hui, seules trois ont encore un toit mais sont utilisées exclusivement pour  remiser du matériel agricole.

A cette époque-là, des commerçants passaient régulièrement dans le village pour choisir et acheter les animaux qui devaient partir vers les abattoirs de Sisteron, Die, Rémuzat ou Grillon. C’était la première ressource économique pour les familles.

Lors des fêtes familiales ou traditionnelles il était assez fréquent qu’un agneau fût sacrifié pour l’occasion. Le gigot était alors le plat d’honneur et de prestige sur la table de la maîtresse de maison. Pendant et après les deux guerres mondiales la viande d’agneau et de chevreau a représenté l’essentiel de l’alimentation carnée de base des familles possédant un troupeau.

Une fois par an chaque brebis était bien sûr tondue  et la laine, lavée et cardée sur place, servait à confectionner les matelas ; tissée elle était tricotée en chaussettes ou vêtements. Quelques personnes gardent encore en mémoire la scène d’un groupe de femmes autour d’une table en train de confectionner un dessus de lit avec des tissus aux couleurs chatoyantes et de la laine qu’elles avaient cardée elles-mêmes.

L’élevage des chèvres apportait le lait pour la  consommation familiale et surtout pour la fabrication des fromages.

L’hiver elles restaient à la bergerie nourries avec du fourrage mais aussi des fagots des feuilles séchées que  les jeunes hommes avaient rassemblées à l’automne en allant, selon l’expression locale, « faire de la feuille » pour ces demoiselles. A la fin de l’hiver et à Pâques la viande de chevreau était particulièrement appréciée et les chevreaux en surnombre étaient revendus au coquetier.

A partir de la fin des années 1960, la transformation des modes d’élevage va être d’abord marquée par la construction de trois poulaillers « en batteries » pour la production d’œufs. Sur incitation des syndicats agricoles et grâce à des subventions du Ministère de l’Agriculture, cette expérience a cédé très rapidement la place à un programme de constructions de « bergeries modèles ».

Trois familles Armand dont une organisée en GAEC, les familles Buis, Liotard, Miallon, Moulon et Joubert  s’engagent alors dans cette démarche qui a laissé des traces dans l’architecture actuelle du village : murs en préfabriqués, toit en tôles ondulées tranchant singulièrement avec les murs en pierre et les couvertures en tuiles romaines de presque tous les autres bâtiments et maisons du village. Une seule de ces constructions, la plus importante, a été réalisée entièrement en bois. Toujours en place, elle héberge à présent des vaches.

Durant la deuxième moitié du XXème, la taille des troupeaux de brebis a augmenté dans la grande majorité de ces exploitations jusqu’à compter environ trois cents têtes ; seul celui du GAEC des frères André et Georges Armand a dépassé le millier et a pratiqué la transhumance.

Avec l’exode rural, la réduction du nombre des personnes actives et le besoin de main d’œuvre pour les gros travaux agricoles ont conduit les agriculteurs à regrouper leur troupeau pour le gardiennage et c’est ainsi que  Georges Reymond est devenu le berger d’un ensemble de plusieurs troupeaux.

Mais, à la fin du XXème siècle, s’est opéré un changement radical ; en effet, la stagnation du prix de vente de la viande de mouton et l’épidémie de brucellose responsable de l’abattage de la quasi-totalité des animaux ont entraîné la disparition totale de  l’élevage ovin et caprin.

1993 Fin de l'élevage ovin
1993 Fin de l’élevage ovin

Au début du XXIème siècle, les  troupeaux de chèvres et de moutons avaient ainsi complètement disparu du paysage leschois.

 

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