Comme pour tout village français, l’école de Lesches-en-Diois est un lien symbolique entre les générations.

Il y a plusieurs siècles, à l’époque où la population leschoise comptait quelques centaines d’habitants, une école religieuse de filles était implantée dans le centre du village ; une petite croix au-dessus de la porte d’une maison en témoignait . En revanche, il est difficile d’établir avec certitude  l’emplacement d’une école publique ; seuls deux éléments en évoquent l’existence. Dans son livre Vallée de la Drôme et terres voisines (Edisud), Patrick Ollivier-Elliot écrit (page 47) :  “sur l’ancienne école un cadran solaire rappelle à l’ordre par son “Que regardes-tu badaud, fais ton chemin, l’heure passe” “. Elle aurait donc existé dans une maison à l’entrée ouest du village.

Cadran solaire leschois

De même dans son discours de voeux pour l’an 2000, le Maire indiquait “… il y a cent ans…notre village comptait plus de 200 habitants, une école au hameau des Côtes…” Cet ancien hameau se situait en fond de vallée en descendant la piste qui part du col Barnier vers la route départementale ; il reste d’ailleurs encore quelques vestiges de la vie dans ce coin leschois.

Peut-être aussi les enfants ont-ils été scolarisés dans une maison particulière, comme la maison Astier un temps envisagée pour accueillir officiellement l’école, ou dans une grange comme dans nombre de villages français ?

En effet, curieusement, il faut attendre la fin du XIX ème siècle pour trouver l’évocation d’une école communale dans les Archives départementales.

Un document du 15 février 1887 fait ainsi état du plan topographique dressé par ” l’agent voyer cantonal ” pour l’ “acquisition d’une maison pour servir d’école au village de Lesches” *; il s’agissait de la maison Astier, vers le haut du bourg.

plan topographique 1897

Cinq ans plus tard, en séance du 30 mai 1892, le maire Joseph James et le Conseil municipal ont abandonné ce choix “à la suite des dégradations survenues depuis la présentation et l’adoption du projet, considérant que les réparations à faire à la maison peuvent présenter des dangers et devenir dispendieuses à cause du mauvais état des murs” *.

Outre ces motifs, la municipalité justifie sa décision “considérant qu’une cour avec préau est indispensable pour prévenir des accidents fâcheux dont la responsabilité ne saurait retomber sur l’Instituteur étant donné la pente des rues où les enfants prennent leur récréation” *!…Déjà à cette époque, les questions de responsabilité préoccupaient les Autorités!

C’est ainsi que ce jour-là,” le Conseil a l’honneur de prier M. le Préfet de vouloir bien autoriser la commune de Lesches à abandonner le projet d’appropriation approuvé, à faire établir les plans et devis pour la construction d’une maison d’école neuve et à voter un nouvel emprunt afin d’obtenir une construction nouvelle” *(compte-rendu de séance).

Le bâtiment a été construit par l’entrepreneur Stanislas Chevaudier (?) à l’est de la place du Charel, pour un coût de 14254 francs 25 centimes (hors honoraires d’architecte et divers). D’architecture simple, il abritait au rez-de-chaussée la salle de classe et des annexes et au premier étage, un espace dédié à la municipalité, un appartement réservé à l’instituteur et deux préaux, l’un pour les filles et l’autre pour les garçons ; l’ensemble étant entouré par un mur de soutènement surmonté d’une clôture en fer forgé. A l’arrière, un vaste pré accueillait les enfants lors de la récréation.

Après une “réception provisoire” le 11 août 1898 approuvée par le préfet en octobre de la même année, le 14 août 1899, “l’année de garantie étant expirée”, “M. Férial Emile, agent voyer cantonal à Romans, chargé de la direction des travaux,…M. James Maire, MM. Armand Pierre et Bernard Joseph conseillers municipaux”…et l’entrepreneur furent “d’avis de recevoir définitivement les travaux… et les dépenses de l’entreprise sont définitivement arrêtées”… Le 03 mars 1900, le préfet approuvait cette dernière réception et le village qui comptait 335 habitants à cette époque-là, disposait officiellement de son école communale.

Ancienne école années 1940

La vie scolaire pouvait commencer, filles et garçons et classes de niveaux différents dans la même salle. Les enfants du village-même tout comme ceux des hameaux de la commune, tel celui des Granges, qui venaient à pieds emmenant leur déjeuner et leur goûter, mais aussi parfois des enfants venus d’ailleurs, apparentés ou non à des familles leschoises, ont appris à lire et à écrire dans une ambiance peu classique. En fait, pour Jacqueline Armand, dernière institutrice au XX ème siècle, ” l’école à classe unique, c’est la plus belle des écoles” **.

Mais, avec le temps, des travaux ont été nécessaires et, le 15 novembre 1923, le Conseil municipal, réuni sous la présidence du Maire Buis Pierre Marie, a approuvé le décompte du montant de cette réparation.

Photo classe 1932

Sur ce cliché d’antan, tous les enfants ont été identifiés ; voici le prénom de quelques-uns  cités dans différentes pages : de gauche à droite et de haut en bas, 1 er rang Zizi (1 ère), Georges R. (3 ème), Gaston L. (5 ème), 2 ème rang Renée, Josette (3 ème) puis Angèle, Camille L. (7 ème), Roger (8 ème), 3 ème rang, Marie-Rose (3 ème), Louis M. dit Lili (5 ème) puis Fernand puis Georges A. . Seules quelques personnes peuvent encore reconnaître tous ces élèves ; au visiteur d’essayer de relier la photographie de l’adulte à travers celle de l’enfant ou l’inverse.

Envisagée à l’origine pour accueillir quarante cinq enfants, la salle de classe a vu régulièrement décliner le nombre des écoliers.

En 1959, lors de son premier poste au village, Jacqueline Armand rapporte qu’ ” il n’y avait plus que quatorze élèves…” ** Elle était ” obligée d’allumer le poêle tôt le matin pour chauffer la salle de classe, d’autant plus que les fenêtres étaient d’origine et que la neige passait à travers…Quelques années plus tard…on laissait allumé en permanence” ** grâce au mazout. Les écoliers étaient acceptés dès l’âge de cinq ou six ans, en grande section de maternelle. ” Ils savaient lire parfois à six ans, parce qu’ils étaient entraînés par la présence des grands.”** Cet ensemble à effectif réduit et de niveaux différents dans un même lieu était donc une richesse pour chacun  d’autant plus que ” les grands entendaient ce que je disais aux petits et c’était pour eux une excellente révision” ** explique Jacqueline Armand. Certes, ajoute-t-elle, ” en arrivant au collège, au début bien sûr ils se sentaient perdus dans des classes beaucoup plus nombreuses, mais ils savaient travailler.”** Douce époque, “belle époque “** dit Jacqueline Armand ; ” à la campagne, les parents nous faisaient confiance, ne posaient jamais de problème.”** Il faut dire que les fêtes traditionnelles ont beaucoup facilité leurs relations  avec l’institutrice, comme la “période des cochons”, les soirées d’ “énoyage” ou la fête de la lavande“, précise-t-elle **.

Écoliers et écolières
Les élèves et leur institutrice J. Armand au retour d’une des dernières promenades
Écoliers 1959

Le temps s’est écoulé tandis que le nombre d’élèves chutait inexorablement si bien qu’à la fin de l’année scolaire 1979-1980, les livres et les cahiers des trois derniers enfants se sont définitivement fermés. C’est ainsi que l’école n’ a pu devenir centenaire mais si, comme se le demandait Lamartine, les “objets inanimés” ont peut-être une “âme”, alors l’école de Lesches continue à vivre…Citer Lamartine à propos d’un village diois n’est pas innocent ; en effet, le poète un jour de 1836 est passé par Valdrôme pour rendre visite à son ami poète Vaugelas. A cette époque, le gros bourg comptait environ 1200 habitants.

Comme l’a souligné Oscar Wilde (Dans la conversation), ” l’école devrait être le plus bel endroit de chaque ville ou village – si belle que l’on punirait les enfants désobéissants en leur interdisant d’y aller le lendemain “.

Après avoir été longtemps inoccupés et avant qu’ils ne se dégradent, le maire Bernard Buis “a conçu un projet : la grande salle de classe est devenue aujourd’hui une salle de réunion, le premier étage abrite deux gîtes avec terrasses couvertes (les deux anciens préaux!) et la mairie est descendue au rez-de -chaussée.”** Ces travaux de réhabilitation achevés à l’automne 1997, ont été réalisés sous la maîtrise d’oeuvre de G. Chaffois avec l’intervention d’entreprises dioises pour un coût de 1.400.000 francs dont le quart a été financé par un emprunt contracté par la commune sur douze ans.

  • * Extraits de documents des  Archives départementales
  • ** Ecoles en Diois. Collection l’empreinte du temps. Témoignages de 1940 à 1970 recueillis par Hervé Bienfait.

 

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