Après avoir été initiée, en 1953, par le curé du village, l’abbé Doublier, la Fête de la lavande, soutenue par sa jeunesse, commença un cycle à l’ampleur imprévue.

Pour faire face à une trésorerie incertaine, les jeunes villageois eurent alors l’idée de solliciter de nombreuses entreprises de toute la France par une lettre manuscrite et même n’hésitèrent pas à envoyer à Madame Coty un coffret de lavande avec de l’essence!  Fort heureusement, dès le début, le succès dépassa les espérances si bien qu’en août 1955, Le Dauphiné Libéré pouvait titrer: «la fête de Lesches-en-Diois a obtenu le plus franc (et le plus mérité) succès ». En effet, près de deux mille personnes s’étaient retrouvées sur le Charel pour participer à cette manifestation unique dans la région au point qu’un sens obligatoire avait été instauré pour les voitures, montée par Beaumont et descente par Beaurières.

Son déroulement au fil des années est resté quasiment inchangé: la messe le matin dans l’église ou au pied d’un peuplier centenaire aujourd’hui disparu et, durant l’après-midi, sur la place du Charel, des animations folkloriques et divers stands et le soir bal et feu d’artifice.

Autel et défilé de moutons 15.08.1972
15.08.1961 Pierre Buis le berger

Juste avant la messe, tandis que les cloches s’affolaient, un berger défilait avec son troupeau et les premiers temps ce fut Pierre Buis « le plus vieux berger de Lesches et de la Drôme » qui menait les moutons. Suivait ensuite une procession d’enfants, une petite fille l’agneau dans les bras et un petit garçon portant l’estagnon rempli d’essence de lavande tandis que deux autres tenaient fièrement des bouquets de lavande ; agneau, essence et bouquets étaient plus tard bénis durant la cérémonie.

Procession des enfants 15.08.1961

Comme l’abbé Doublier avait prononcé sa première homélie en provençal, après sa disparition, son successeur, l’abbé Froment, perpétua cette tradition qui restait un moment fort et attendu de même que le fameux chant « Voici un bouquet de lavande » écrit par l’abbé Doublier, interprété par la chorale dirigée par Madame Péricard et repris avec ferveur par l’assistance lors de l’ Offrande de la lavande.

” Voici un bouquet de lavande

  Offert par toute la cité

  O Jésus pour que cette offrande

  Témoigne de notre unité”

Pour tous ceux qui ont vécu ces instants, ces lignes ont peut-être fait “ressusciter le souvenir” * … à travers ” le trouble sensoriel ressenti qui rappelle ce même émoi sensuel de l’enfance, dû à un cérémonial…” *

Evidemment après le Spirituel, chacun se retrouvait à la Buvette pour le verre de l’amitié pendant qu’un groupe folklorique amorçait les animations de l’après-midi. Chaque fois, un groupe différent est venu égayer la journée, comme “Empi e Riaume” de Romans, “Escolo Del Sourco “, “La Restanco” de Vaison-la-Romaine,” l’Escolo di Tore” de Casteu Ricard ou le “Berugo du Sierre ” de Dignes…

A l’heure du déjeuner, tandis que les visiteurs s’attablaient devant la Buvette, les Officiels étaient conviés au traditionnel banquet au Bar Tabac Chez Roger autour du Maire.

L’après-midi, elle, était consacrée aux  animations des différents stands : loterie, pêche à la ligne, pochettes-surprise, pêche à la truite au bassin de la grande fontaine, chamboul’tout, tir à la carabine, attrappe-canard à l’anneau, lapinodrome…sans oublier le stand de la lavande, l’ original tiercé de chèvres et surtout le concours de boules et bien d’autres encore…

Bien sûr, le bal en soirée et jusque tard dans la nuit attirait beaucoup de monde de même que le feu d’artifice, point d’orgue de cette journée.

Ce feu a naturellement évolué au fil des années, “toro de fuego” et illumination du clocher en 1965 puis spectacle son et lumière embrasant le dôme de Chaitieu avec un texte lu par René Péricard et à présent spectacle féerique chaque année renouvelé mais tiré dans un champ en dehors du village par sécurité. En revanche, en 1993, pour la quarantième édition, il a été annulé par les organisateurs en raison du surcoût prohibitif engendré par les multiples mesures de sécurité exigées par les Autorités et en 2003, c’est la sécheresse qui n’a pas permis de tirer un feu digne du passé.

Toro de fuego 15.08.1963

De tous les orchestres, il convient d’en citer surtout deux : celui de Pol Malburet des toutes premières éditions et en 1961 celui de José Benjamin, ami personnel de Sydney Bechett, venu directement de l’orchestre du Casino de Paris ; virtuose de la trompette, il avait réussi à maintenir les danseurs sur la piste malgré une pluie battante.

Certes, la fête a toujours enthousiasmé les foules mais elles ignoraient que pour mener à bien une telle entreprise, il y avait une organisation bien huilée reposant sur un Syndicat d’Initiative structuré présidé successivement par Victor Vosges, Louis Miallon…Yves Armand, un animateur et coordonnateur hors pair, René Péricard, qui passait son été à Lesches avec sa famille et tout un village, notamment sa jeunesse estivante ou locale, entièrement impliqué.

La jeunesse de 1966

Durant les quinze jours précédant l’événement, c’était affichage dans les alentours, coupe de buis destinés à délimiter les stands qu’il fallait monter avec des poteaux et des pieux en bois etc. etc.…le tout dans une ambiance simple et amicale. Les femmes et les enfants confectionnaient des paniers de lavande qui étaient proposés sur les stands. C’était aussi l’occasion pour les familles d’accueillir les cousins, les cousines, les neveux et les nièces et de revoir tous ceux qui s’étaient éloignés du village.

Madame Péricard, elle, animait les répétitions de la chorale improvisée pour la circonstance et celles des enfants qui, lors du retour de fête, jouaient des saynètes sur l’estrade de l’ancienne salle des fêtes occupée aujourd’hui par le Bistrot ; les adultes proposant eux aussi des compositions inédites comme ce ballet des hommes en tutu !

Après les derniers flonflons et le départ des danseurs, il arrivait à certains facétieux d’aller réveiller un tel ou un tel et aux jeunes gens de faire des farces que découvraient le lendemain les villageois étonnés, comme ce rassemblement des tracteurs sur le Charel ou ces chèvres peintes.

La soirée du 16 août au soir, c’était le retour de fête dans la joie, les rires et les chants, la simplicité et la convivialité.

Cette courte période de festivité durant laquelle des personnes étrangères au village venaient passer quelques jours, était aussi l’ occasion de les faire participer, avant l’ouverture, à la chasse au  couriou, l’ oiseau typique du Diois. Rien n’était laissé au hasard à la tombée de la nuit : les chasseurs crédules ou complices, les rabatteurs et les pseudo-gendarmes, chacun connaissant son rôle. Bien sûr, un chasseur se faisait évidemment surprendre par les pseudo-gendarmes et s’ensuivait une poursuite plus ou moins longue ; la plus fameuse est celle de cette personne connue et sympathique qui se mit à courir sur tout le plateau, sautant les haies et qui, de guerre lasse, se retourna vers ses poursuivants, leur demandant le montant de l’amende tout en sortant les billets….!!

La Fête de la Lavande a traversé le temps, franchi l’an 2000 et continue toujours à attirer des milliers de visiteurs. Certes, elle a inévitablement évolué et d’ autres animations originales ont été proposées, travail de la laine, randonnée, baptême de l’air en hélicoptère ou en ULM et même course à pieds et VTT tandis que la lavande colorait moins le paysage et que les troupeaux de moutons disparaissaient.

15.08.1989 course

Au fil des années, elle s’est tournée aussi vers l’accueil d’artisans et de producteurs locaux. Les visiteurs purent certaines fois découvrir des expositions comme, pour la 45 ème, celles sur le Centenaire de la Route de Provence et sur la Drôme de 1945 à nos jours présentées par l’Association Mémoire de la Drôme ou comme en 1993, celle de peintures et de patchwork dans l’église.

En dépit de ces changements, le stand de la lavande tenu successivement par Fernand, Augustin, Camille, Robert…est toujours là, à présent animé avec enthousiasme par Alain et son épouse Lucette à côté du vieil alambic ; parfois, dans un champ, il a même été fait une démonstration de récolte de lavande à l’ancienne, faucille à la main et “tablier” dans le dos.

Alain et Lucette stand de la lavande

Le célèbre feu d’artifice demeure autant attendu tout comme le traditionnel concours de boules en triplettes et le méchoui de soirée

Préparation méchoui 15.08.1966

mais depuis longtemps deux bals, l’un pour les « Anciens » et l’autre pour les « Modernes » animent la nuit… ainsi point de querelle. En 2012 par exemple, le bal traditionnel sous chapiteau était animé par Music Live alors que Dynamic Musette faisait vibrer les nostalgiques du passé dans la salle des fêtes ; en 1989, c’était Le Camembert électrique de … Saint Marcellin pour le bal d’En haut et La Ruche carpentrassienne pour celui d’En bas!

Lesches-en-Diois Feu d’artifice

Tout au long de ces années, la restauration proposée est passée des sandwichs et des pâtisseries et autres assiettes leschoises à la paella, la défarde, la choucroute ou les ravioles.

Faute de grande disponibilité de curé de nos jours, il arrive que la cérémonie religieuse se déroule l’après-midi dans l’église mais cette fête a tellement d’aura que pour la soixantième Monseigneur Pierre-Yves Michel, évêque de Valence, a tenu à participer à l’événement et a béni le troupeau de Ghislain Joubert renouant avec la tradition d’origine.

Ghislain Joubert 60 ème fête Cliché JDD

Il convient de souligner qu’en souvenir de l’esprit qui a inspiré la création de cette fête par l’abbé Doublier, nombre de messes se sont déroulées de façon œcuménique avec la participation d’un pasteur tel celui de Beaurières.

Il reste à cette Fête une âme et des souvenirs, «  jalons goûteux de notre vie »*.

Au visiteur de ce site, il ne reste plus qu’à découvrir ou redécouvrir toutes ces années de fête dans la page consacrée à la rétrospective.

. * Françoise Héritier Le Sel de la Vie

 

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