1912

Cette année-là, le 09 juin, le tranquille hameau des Granges, isolé au pied de la crête du col Lagier, est animé : un petit bébé est né, le premier garçon qui va enfin survivre.

Les Granges 07.1968

Son père Antoine Ulysse Octave Miallon, connu et enterré sous son prénom Octave, et sa mère Hélène Marie née James le prénomment Octave mais durant toute sa vie il sera appelé « Tavou ».

Antoine Miallon caporal 1916

Ce garçon tant attendu arrive après quatre filles, Hélène Augusta (connue sous Augusta) née en 1903, Marthe en 1905, Marie-Louise en 1908 et Joséphine en 1910 ; suivront ensuite Irène en 1918, Angèle en 1924 et Louis dit Lili en 1927. Une belle famille !

Célestine Hélène Tavou et ses 4 sœurs aînées

Les premières années de sa vie il les passe donc aux Granges mais il n’y a point d’école dans ce coin perdu derrière la montagne si bien que chaque jour, accompagné de Marie-Louise et de Joséphine, il doit monter jusqu’au col Lagier après avoir traversé la forêt de l’ubac puis descendre, à travers bois, le raide sentier qui mène jusqu’au village et à l’école communale ; bien sûr en fin de journée il faut retourner aux Granges par le même itinéraire !

En cas de mauvais temps, surtout en hiver, ils sont hébergés chez leurs grands-parents paternels Ferdinand Miallon et son épouse Célestine née Rey mais bien des fois ils préfèrent affronter les rigueurs de l’hiver pour échapper à la rigueur de leurs aïeux.

Certes, tous les jours en classe il apprend la lecture mais tous les jours, quelles que soient la saison et les intempéries, il apprend aussi à « lire le livre de la nature »* et à l’aimer. C’est sans doute aussi grâce à ces allers-retours qu’il acquiert une bonne résistance physique et un goût pour la randonnée en montagne.

Ce rituel scolaire quotidien durera jusqu’à ce que, lors de sa neuvième année, la famille quitte le hameau pour le village-même où le père achète une ferme.

A 13 ans, titulaire du Certificat d’études primaires obtenu à Luc-en-Diois chef-lieu de canton, sa scolarité s’arrête comme pour la majorité des enfants de paysans de cette génération ; désormais il va grandir avec les travaux de la ferme.

Plus tard, continuant à apporter son aide à l’exploitation familiale, il exerce différents métiers au gré des opportunités locales et des possibilités de la ferme paternelle, aussi bien  pour des travaux d’électrification des communes du Haut-Diois que pour des activités agricoles saisonnières dans la région.

En revanche, après le Service militaire effectué au début des années 1930, il recherche alors un emploi plus stable et le trouve au sein de la société PLM à Lyon.

Bien sûr, il n’en oublie pas son cher village et en 1937 il s’y marie avec Marcelle Alléoud…”une fille du pays “.

En 1939 un premier enfant va naître ; malheureusement c’est en pleine période de guerre et Tavou est ainsi affecté à un régiment d’artillerie de montagne. Il est d’abord stationné en Haute-Savoie, avec pour mission, selon  le Commandement militaire, de prévenir une invasion via la Suisse. Puis en 1940, après l’entrée de l’Italie dans le conflit, son régiment est déplacé sur  Briançon pour une courte et étrange période de guerre, les deux parties n’ayant aucune velléité d’invasion.

Tavou le soldat du régiment d’artillerie

Sa vie sous l’Occupation est à l’image de celle des Français, suspendue aux difficultés de ravitaillement et à la protection de la famille et la sienne se réfugie d’ailleurs à Lesches pendant les événements les plus graves.

L’éloignement de son épouse et de ses enfants lui pèse et un jour, il part de Lyon pour les rejoindre mais ce voyage, entrepris en pleine attaque allemande dans le Vercors, va devenir très vite mouvementé.

La vallée de la Drôme étant fermée, il doit prendre un train pour Avignon et continuer ensuite en auto-stop jusqu’à Pertuis, au nord d’Aix-en-Provence, où il monte dans un convoi en direction de Veynes, tout en subissant les inévitables contrôles des Autorités très fébriles en ces temps de bouleversement militaro-politique. Nouvel avatar, il s’arrête à La Brillanne, peu après Manosque, et la route est encore longue jusqu’à son village. Fort heureusement, le lendemain un commerçant local accepte de le mener à Aspremont ; il sait qu’il pourra ainsi gagner le col de Cabre tout proche et rejoindre Lesches par les sentiers qu’il connaît bien. Mais à cette époque-là rien n’est simple et alors qu’il sort du tunnel du col de Cabre, un homme en arme s’approche de lui et lui demande de décliner son identité. Reconnaissant sa voix, il lui dit : « c’est toi Tavou, viens avec nous, on est en France Libre ».

Tunnel du col de Cabre

Il retrouve ainsi un groupe d’hommes des villages du Haut-Diois, dont Lesches évidemment, passés dans la Résistance.

Deux maquisards leschois

Il lui a fallu trois jours entiers pour rallier Lyon et Lesches-en-Diois !

Après la libération de la France, il reste toujours très attaché à sa terre natale. Il n’hésite pas à faire découvrir ses chères montagnes à ses amis les plus proches (Chazal et Chartron), il retrouve avec plaisir les travaux de la ferme chez son frère Louis ainsi que chez son beau-frère Louis Oddon et il s’engage pour que la Fête de la Lavande continue à vivre et à faire vibrer le village le 15 août. Sur les deux clichés ci-dessous, il prépare le feu d’artifice avec son beau-frère Augustin Beaumier.

Il a même participé avec d’autres Leschois à la tentative de percement d’un tunnel, au pied du Puy, en amont de la fontaine du Brusc, pour trouver un ruisseau et alimenter en eau le village ; son entrée est d’ailleurs encore visible dans ce coin appelé depuis « la mine ».

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A la fin des années 1970, ayant cessé toute activité professionnelle,

SNCF Les Médaillés 3 ème rang 7 ème de G à D
Tavou

il revient s’installer à Lesches, apportant son expertise à la réparation des matériels agricoles soumis à rude épreuve dans ces terres caillouteuses. Sachant tout faire, nombreux sont ceux qui ont pu bénéficier de ses compétences de maçon, d’électricien, de soudeur… mais aussi de coiffeur. En effet, dans les jours précédant la Fête, les hommes et les garçons du village allaient se faire couper les cheveux par Tavou ! Durant cette période festive du mois d’août il prenait aussi du plaisir à participer à d’acharnées parties de ” longue ” avec les villageois et les amis.

Se rappelant ses premières années sur les chemins de l’école  et aux alentours, il entreprend de rouvrir des sentes envahies par la végétation et réalise le premier balisage de sentiers de randonnée sur le territoire de la commune ; seuls les initiés savent en reconnaître les traces restantes.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le temps a passé et le 14 juillet 2012, tous les villageois et les amis fêtèrent les 100 ans de Tavou lors du traditionnel Repas républicain au Charel. Quelle fierté pour les Leschois d’honorer leur centenaire dont la vie fut retracée par le Maire Bernard Buis !

100 ans Tavou et le Maire

 

 

 

2014

Cent deux ans se sont écoulés depuis l’heureux événement aux Granges et puis, soudainement, la flamme qui tremblotait et vacillait depuis quelque temps, pour toujours s’est éteinte. Il a été enterré dans le cimetière de Lesches, dans sa terre natale.

Cette année-là, le 28 octobre, le village a perdu l’un de ses enfants, Octave Miallon, mais Tavou, le centenaire, appartient désormais à l’histoire de Lesches-en-Diois.

* William Hazlitt The Gore of the Wanderer (on going a journey)

Lorem tristique pulvinar ut dolor elit. mi, Aliquam Curabitur