Les chèvres vers 1936

Jusque dans les années 1960 pendant les mois d’hiver, les chèvres ne pouvaient pas sortir de leur étable et pourtant il fallait bien les nourrir, tout particulièrement pendant la période de gestation des chevreaux. Le fourrage étant insuffisant et onéreux, les éleveurs leur donnaient à manger “les feuilles séchées” des arbres à feuilles caduques, saules, peupliers, frênes, hêtres et chênes.

C’est ainsi qu’au début de l’automne, avant le jaunissement et la chute des feuilles, aller “faire de la feuille” était une expression banale et cette activité était aussi importante  que les labours, l’épandage du fumier et les semailles des céréales d’automne.

Elle se déroulait en plusieurs temps : un adolescent ou un jeune homme, muni d’une hachette, grimpait dans les arbres des haies, parfois très haut pour les peupliers d’Italie, tout en coupant toutes les branches, laissant le tronc quasiment nu. Au sol, un autre regroupait les branches en fagot qu’il liait avec une petite branche d’osier ou de saule. Parfois lorsque les arbres des haies ne suffisaient pas, les fagots étaient faits en forêt sur les taillis de hêtre ou de chêne. En fin de journée, ils étaient disposés verticalement les uns contre les autres, comme une meule, en un “fulachier”, ce qui permettait de faire sécher les feuilles tout en gardant leur qualité nutritive. Au début de l’hiver, avant les chutes de neige, les fagots étaient transportés dans une charrette tirée par un cheval puis rangés dans une grange ou une remise.

Chaque jour de l’hiver un ou plusieurs fagots étaient déposés dans la bergerie et les chèvres se régalaient de toutes ces feuilles. Le lendemain les branches dénudées rejoignaient le tas de bois servant à allumer le feu.

De nos jours, cette expression “faire de la feuille” n’est plus entendue ni même comprise car elle a disparu avec la fin de l’élevage caprin  au village.

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