Aux siècles précédents, comme les villages diois voisins, celui de Lesches avait pour seules ressources l’agriculture et l’élevage qui apportaient aux villageois la viande et le lait pour la consommation familiale et la fabrication de fromages. La récolte des foins  et la culture des céréales étaient destinées à celle du pain et à l’alimentation des animaux domestiques. Chaque famille cultivait aussi un jardin potager pour les légumes et élevait des animaux de basse-cour (lapins, volailles, cochon…).

La culture de céréales, blé, orge et avoine, se pratiquait en alternance avec celles de luzerne et de trèfle ; le seigle était réservé aux terres les plus pauvres.

Blé et seigle alimentaient les moulins alentour, en particulier celui de Luc – en – Diois, pour la production de farine qui permettait aux familles de faire leur pain, cuit ensuite dans leur propre four ou dans le four banal ; les autres céréales étaient utilisées essentiellement pour la nourriture des animaux de la ferme. Dans les exploitations les plus importantes les excédents étaient revendus à un commerçant de la région.

La production importante de foins à partir des prairies naturelles du plateau et de celles cultivées en luzerne et en trèfle servait exclusivement à l’alimentation des chevaux et des bœufs de trait durant toute l’année et en hiver à celle des moutons et des chèvres. C’était le temps des meules de foins et du battage sur une aire dans le village ; c’était le temps des charrettes et des charrues tirées par les chevaux ou les bœufs…

Quant à la lavande, en cette première moitié du XX ème siècle, c’était essentiellement de la lavande fine ou “de population” qui était cueillie, soit la “sauvage” poussant naturellement sur les pentes sud du Puy soit la cultivée, les tentatives de lavandin n’ayant guère été fructueuses à cette altitude. Un complément de revenus, à cette époque-là, était aussi apporté par la cueillette du tilleul au mois de juillet, qui mobilisait tous les membres de la famille et les estivants, chaque ramasseur ayant pendu dans le dos l’ indispensable “saquette” (équivalent du “tablier” pour la lavande) ; puis la main d’oeuvre diminuant tout comme le prix de vente, elle a été abandonnée et la fleur reste à présent sur l’arbre.

L’élevage de moutons et de chèvres était un élevage familial et il y avait aussi une ou deux vaches qui fournissaient le lait et le beurre en complément du lait de chèvre transformé en fromage.

La plupart des familles possédaient un petit troupeau de moutons et quelques chèvres. Le nombre de têtes des troupeaux de moutons allait d’une quinzaine à un maximum d’une centaine en fonction de la taille des exploitations. L’élevage ovin était uniquement destiné à la production de viande. Les agneaux, élevés avec leur mère,  recevaient un complément en céréales et foins pendant que les brebis étaient aux champs. C’était un cheptel essentiellement composé de brebis de race Pré alpes dont la viande était réputée pour sa qualité. Outre les bergeries du village-même, il y en avait aussi sept autres dans la campagne qui servaient à rentrer le troupeau pendant les heures chaudes et parfois la nuit plutôt que de le ramener au village. Aujourd’hui, seules trois ont encore un toit et sont utilisées pour  ranger de matériel.

Régulièrement des commerçants passaient dans le village pour choisir et acheter les animaux qui devaient partir vers les abattoirs de Sisteron, Die, Rémuzat ou Grillon. C’était la première source de liquidité pour les familles. Lors des fêtes familiales ou traditionnelles il était assez fréquent qu’un agneau fût sacrifié à cette occasion. Le gigot était alors le plat d’honneur et de prestige sur la table familiale. Pendant et après les deux guerres mondiales la viande d’agneau et de chevreau a représenté l’essentiel de l’alimentation carnée de base des familles.

Mais durant la deuxième moitié du XX ème siècle, au fil des années, le monde agricole évolue.

La diminution de la population et le début de la mécanisation vont profondément modifier les pratiques agricoles.

Les familles d’agriculteurs se répartissent alors en deux groupes : celles avec une descendance directe jeune susceptible d’assurer la pérennité de l’exploitation agricole et les autres sans enfant. Ne pouvant s’appuyer vraiment sur personne, ces familles-là vont continuer le type d’activité agricole du début du siècle et conserver un troupeau limité à une cinquantaine de têtes. Les autres agriculteurs s’orientent, eux, vers le modèle « d’entreprises agricoles », beaucoup plus  productives : augmentation des surfaces cultivées et investissements importants dans du matériel agricole spécialisé dont le tracteur « Vierzon » fut le précurseur.

Cliché d’août 1954.
Au volant Roger Armand et debout Georges Reymond.

C’est ainsi que coexistent à un moment donné des types d’exploitation agricole bien différents: labour avec des bœufs ou des chevaux qui tiraient aussi les charrettes, ramassage du fourrage à la fourche, battage sur une aire du village, arrivée des premiers tracteurs et des moissonneuses-batteuses qui précipita définitivement le village dans l’ère moderne. Tandis que les chevaux disparaissent du paysage, les champs se couvrent de ballots de paille au moment des moissons.

Un des premiers actes significatifs de cette transformation est la construction de deux poulaillers « en batteries » pour la production d’œufs. Sur incitation des syndicats agricoles et grâce à des subventions du Ministère de l’Agriculture, cette expérience cède très rapidement la place à un programme de constructions de « bergeries modèles ».

Trois familles Armand dont une organisée en GAEC, les familles Buis, Liotard, Miallon et Moulon s’engagent alors dans cette démarche qui a laissé des traces dans l’architecture actuelle du village: murs en préfabriqués, toit en tôles ondulées tranchant singulièrement avec les murs en pierre et les couvertures en tuiles romaines de la quasi-totalité des autres bâtiments et maisons du village. Seule une de ces constructions, la plus importante, a été réalisée, entièrement en bois. Toujours en place, elle héberge à présent des vaches.

Pour la grande majorité de ces exploitations, la taille des troupeaux de brebis augmente et compte désormais cent à trois cents têtes ; seul celui du GAEC des frères Armand dépassera le millier et pratiquera la transhumance.

Mais, à la fin du XXème siècle s’opère un changement radical à la suite de la stagnation du prix de vente de la viande de mouton et de l’épidémie de brucellose responsable de l’abattage de la quasi-totalité des troupeaux et de la disparition de  l’élevage ovin.

1993 Fin de l’élevage ovin

Au début du XXI ème siècle, les  troupeaux de chèvres et de moutons ont disparu du paysage.

Quant à la prospérité de la culture de la lavande des années 1950-1960, elle devient progressivement un lointain souvenir victime de la chute des prix et de la maladie.

Dès lors, l’agriculture et l’élevage à Lesches-en-Diois ne seront plus jamais comme avant.

 

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